jeudi 11 août 2022
Jour 13 - Marceline
La genèse d'un empireIl y a bien longtemps, on nous avait offert un livre intitulé "Etats-Unis, un pays de contrastes"... titre tellement conforme à la réalité !Après avoir vécu de belles frayeurs au début de ce voyage, j'ai enfin pu repositiver mon regard sur cet étonnant pays avec nos dernières visites...Ceux qui nous connaissent le savent, nous sommes une famille fan de Disney, pas seulement les films et les parcs, mais aussi toute l'histoire humaine, créative et audacieuse qui a permis la naissance de ce monstre qu'est l'industrie Disney.Comme cette année aucun parc n'était sur notre route, au grand désespoir des enfants, ils ont quand même trouvé le moyen de mettre un peu de Disney dans notre périple, en découvrant la petite ville de Marceline, dans le Missouri, où Walt Disney a vécu quelques années qui, selon ses dires, l'ont marqué à tout jamais et ont façonné l'homme qu'il est devenu.Entrez avec nous "behind the magic"...Marceline, c'est une petite ville de campagne, fondée grâce au développement des "chemins de fer" qui accompagnait l'extension vers l'ouest. Le petit Walt a toujours été fasciné par les trains, voilà pourquoi on en retrouve dans la plupart des parcs. Il devait aider aux travaux de la ferme de ses parents et s'occuper de sa petite soeur, mais il adorait passer son temps libre à rêver, imaginer et dessiner sous son arbre préféré, baptisé "Dreaming Tree". Celui-ci n'est plus debout, mais une de ses branches est pieusement conservée au musée de la ville, et chacun peut lui faire une "gentle caress" pour recevoir un peu de la force créatrice de Walt...Nous avons commencé par la rue principale, "Main Street", nom que l'on retrouve sur l'artère principale dans les parcs du monde entier. Une grande rue bordée de petits édifices abritant magasins ou restaurants, comme à l'époque où Walt était enfant. La ville est fière d'être une référence dans l'univers Disney, mais reste quand même authentique et on sent un réel attachement à la figure d'un petit garçon rêveur plutôt qu'à celle d'un redoutable business man.De la ferme des Disney, il ne reste rien. Seule une réplique de la grange a été rebâtie, et lors de notre visite, nous avons eu l'impression de faire un bond hors du temps, dans une campagne américaine calme, champs de maïs à perte de vue et vergers de pommes bien entretenus.Dans cette minuscule ville, quelques lieux portent le nom de Walt Disney, comme le parc de loisirs, la piscine ou l'école. Disney est venu sur place à chaque inauguration, et a à chaque fois souligné son attachement à cette ville. En 1966, lui et son frère Roy ont même fait don à la ville d'une des attractions du premier Disneyland, Autopia, démontée sur le parc pour laisser place au célèbre Small World et sa musique insupportable entêtante. Incroyable d'imaginer que pendant des années, les enfants de Marceline ont pu profiter gratuitement de ce mini circuit de voitures... Lors de l'inauguration, Walt, absent pour raisons de santé (il est décédé 3 mois plus tard), a envoyé une long message dans lequel j'ai repéré ce passage :
"Vous savez que j'ai été un gamin à Marceline, et on n'avait pas beaucoup de temps pour faire autre chose que travailler [...]. Tous les membres de la famille avaient leurs tâches prévues minute par minute, de l'aube au coucher du soleil, chaque jour. Quand je repense à ces années, je finis toujours par comparer avec aujourd'hui. Nous avons parcouru un sacré bout de chemin. Grâce aux progrès accomplis, tout est devenu possible puisque les familles américaines ont aujourd'hui la liberté de jouer ensemble tout autant que travailler ensemble et c'est très important, parce que cela fait de la famille une unité plus soudée. C'est l'une des nombreuses raisons pour lesquelles je suis heureux de pouvoir rendre le Park Municipal Disney encore plus attractif pour les familles de Marceline, en faisant don à la ville de notre mini circuit de voitures. Ce circuit était très populaire auprès des plus jeunes visiteurs de Disneyland, et j'espère qu'il aura autant de succès auprès des enfants de Marceline."
"Rendre les familles plus soudées", c'était le voeu de Walt quand il a décidé de créer son premier parc, un lieu où parents et enfants pourraient s'amuser ensemble comme il souhaitait le faire avec ses 2 petites filles, et je crois que nous incarnons bien la matérialisation de ce rêve...Mais ce qui m'a le plus marquée, c'est le petit musée local "Walt Disney Home Museum", qu'on ne trouve que si on le cherche vraiment, installé dans l'ancienne gare de la ville. Nous avons été accueillis par 2 mamies, des dames qui ont été témoins des visites des Disney dans les années 50/60, quand elles étaient enfants, et qui en parlent avec des étoiles dans les yeux. Elles témoignent d'une réelle affection pour Walt et Roy, décrits comme des hommes simples et enthousiastes, et tout le musée témoigne de cela : des vestiges sont conservés précieusement (le bureau d'écolier de Walt par exemple, où il avait gravé ses initiales), des photos d'époque, des tas de lettres échangées par Walt et Roy avec les habitants, mais aussi avec leur soeur Ruth dont on ne parle jamais mais avec qui ils avaient une très tendre et belle relation... et puis des anecdotes de famille, dont ma préférée : Elias (papa Disney) n'était pas un homme facile ni très prodigue en démonstration d'affection, comme la plupart des pères de cette époque. Flora, la maman, vivait dans son ombre et se démenait pour aider à la vie de la famille. Par exemple, en plus de gérer le quotidien, elle faisait du beurre très apprécié par sa famille.... et les clients du magasin local. Du coup, papa Disney a décidé que la totalité de la production serait vendue, parce que les enfants étaient en bonne santé et n'en avaient pas besoin.Mais là, faut pas abuser, en bonne mère Flora ne pouvait pas accepter ça; du coup, elle avait pris l'habitude de beurrer en cachette les tartines des enfants et de les leur tendre retournées, "beurre face à la table" (vous comprenez ?). Du coup, papa Elias n'y voyait que du feu... et Walt et Roy ont longtemps plaisanté avec ces tartines "butter side down"... comme quoi, tenir tête, même en cachette, à un mari têtu, c'est le propre des mères de génies....