mardi 28 juillet 2026
Laura Plantation
Tout d'abord un grand merci pour vos réactions qui me font toujours chaud au coeur (même si je sens bien que certain.e.s mal intentionné.e.s attendent avec impatience qu'un quelconque malheur nous frappe afin d'alimenter mon récit...). Je voulais préciser aussi, pour mes amis qui postent sur Facebook, que depuis le dernier Carême j'ai décidé de faire une pause dans la consultation des réseaux sociaux sur lesquels je perds tellement de temps... voilà pourquoi je n'ai pas commenté ni liké grand-chose ces derniers mois, désolée. Je rompts cette abstinence le temps de nos vacances, histoire de garder ce lien et de jouer mon rôle saisonnier préféré, celui de narratrice...Bref, cela dit, nous voilà déjà le 28 juillet, et nous venons de quitter la Nouvelle Orléans pour débuter le road-trip qui va nous mener à travers la Louisiane, le Mississippi, la Georgie et l'Alabama, découvrir de nouvelles facettes de ce pays si multiforme.Christophe vous l'a dit, et montré, nous voilà donc devenus la famille d'accueil de Chevy, (de son vrai nom Chevrolet Suburban), une nouvelle monture à la robe noire de jais capable de charger tout notre barda pour nous emmener dans notre aventure. C'est, comme toujours dans ce pays où la voiture est reine, un très beau véhicule, tout propre, toutes options, toit ouvrant, mode 4x4, climatisation... ah tiens, d'ailleurs, la climatisation, parlons-en !!!Mais non, avant, résumons rapidement notre journée d'hier : après une nuit réparatrice, un réveil très matinal et un petit-déjeuner riche en pancakes, nous voilà partis à 8h45 sous une chaleur déjà écrasante pour aller récupérer Chevy à l'aéroport. Pour cela, nous empruntons de nouveau le bus déjà décrit dans la chronique précédente, sauf qu'il va en sens inverse (je précise pour ceux qui ont du mal à suivre). C'est tout pareil qu'à l'aller : il va vite, avec une conception assez particulière du code de la route, et il y fait frais. Très frais. Froid même, disons-le. Heureusement que j'ai ma petite laine (même si je suis la seule). La climatisation, c'est bien mais point trop n'en faut.Arrivés à l'aéroport, nous nous retrouvons dans le four extérieur le temps de gagner le hall TRES climatisé, puis nous ressortons cuire quelques minutes avant de monter dans une navette aux allures de congélateur chargée de nous mener au parking des voitures de location.Donc chaud/froid/chaud/froid/chaud/super froid... mon organisme a du mal à traiter les infos ! Le trajet en navette est beaucoup plus long que ce à quoi je m'attendais, et je me trouve donc quasiment en état d'hibernation lorsque nous parvenons à destination.10 minutes d'attente à un premier guichet, où on nous annonce qu'il faut aller à un deuxième guichet car nous sommes des membres Gold (la classe) ou Gogold (moins la classe, je ne sais pas, je n'ai pas bien compris), puis 20 minutes de tractations pour récupérer les clés et négocier un second conducteur (difficile car notre interlocuteur a dû subir une ablation partielle des cordes vocales et parle à un volume si bas que même avec les prothèses auditives de papi il serait difficile de l'entendre), et nous voilà à bord de Chevy (où nous nous empressons de mettre la clim !).Avec tout ça, nous sommes en retard sur le programme, car il est 11h30 lorsque nous parvenons à la plantation Laura, pour laquelle nous avons réservé une visite guidée en français à 11h... fort heureusement, la guichetière nous reprogramme très gentiment sur la visite de 13h, sans râler ni nous faire remarquer aigrement que nous sommes des billes... ça change de certains autres endroits !Nous allons donc déjeuner dans un petit restau typique où l'alligator est roi... depuis notre arrivée ici, nous avons testé pas mal de spécialités, po-boys, gumbo, catfish et nous n'avons pas été déçus !La visite de la plantation, comme nous nous y attendions, est un moment fort où nous avons appris des tas de choses sur la culture créole notamment, et sur les subtilités répugnantes d'un système où tout était fait pour déshumaniser les noirs ( considérés comme des "items" sur les actes de vente) et les garder en esclavage, même après son abolition officielle, jusque dans les années 70. De quoi, encore une fois, désespérer de la nature humaine...Là encore, nous alternons les visites en intérieur (où la climatisation nous permet de respirer) et celles en extérieur où il est aisé d'imaginer les terribles conditions de travail des esclaves dans les champs de canne à sucre sous ces températures caniculaires. Nous finissons la journée par des emplettes, au magasin de pièces détachées Lego repéré par Louis, à l'outlet des bords du Mississipi où Marion déniche les Crocs dont elle rêvait, au Café du Monde où nous savourons enfin les beignets typiques de la Nouvelle Orléans, et enfin... au Walmart, escale que toute la famille adore, où nous achetons de quoi dîner. Pour les filles et moi, cela signifie une gymnastique répétée pour enlever la veste / remettre la veste, car on passe vraiment de plus de 35 degrés à à peine 15 !Enfin, de retour "chez nous", nous nous régalons de nos achats (mc and cheese et ice cream sandwiches, un bon repas typique américain !) avant de nous écrouler dans nos lits douillets, non sans constater qu'il fait frisquet, la fatigue du jour nous rendant plus sensible aux (basses) températures. Les filles notamment grelottent dans leur grand lit, je prends donc sur moi de baisser la clim (qu'auriez-vous fait d'autre votre Honneur, je vous le demande ?).Donc, nous nous couchons, et nous dormons. Jusqu'à ce que le décalage horaire me rattrape vers 2h du matin; après avoir compté des moutons inexistants et testé la technique du 4-7-8 de Christophe (qui ne marche jamais avec moi), je décide de me lever pour soulager un besoin naturel ce qui, vous l'avez peut-être déjà remarqué, est souvent le déclencheur d'un retour du sommeil.Mais alors que je me dirige vers les lieux d'aisance, mon pied droit se pose... dans une flaque et je perds mon appui, partant dans une glissade fort peu gracieuse dont je ne sors indemne que par l'activation de mes réflexes de ninja et ma capacité à m'agripper à la chaise la plus proche en lâchant à voix basse une bordée de jurons que n'aurait pas reniée le capitaine Haddock.Il me faut quelques minutes pour établir de manière certaine que CETTE FLAQUE N'ETAIT PAS LA AUPARAVANT. Et qu'effectivement c'est bizarre cette flaque... me voilà donc, toute envie pressante oubliée, en train de tâtonner à 4 pattes dans le noir à la recherche de la flaque et surtout de sa source. Et je finis pas résoudre le mystère : la flaque est le résultat d'une fuite provenant... de la bouche d'aération de la clim, située au plafond. Donc, la clim fuit..LA CLIM FUIT ! Mais pourquoi ?? Pourquoi ? Mais oui bien sûr, je l'ai baissée tout à l'heure afin d'éviter à mes filles de se réveiller comme des poissons panés (très jolis certes) surgelés... et donc maintenant LA CLIM FUIT !Puisque c'est le milieu de la nuit, je suis impuissante, je me contente donc d'étaler une serviette par terre pour protéger le parquet, puis je retourne me coucher comme un condamné à mort qui attend son châtiment avec fatalité car il se sait coupable...Accablée, je me rendors pour quelques heures mais le bruit des "plics" réguliers pénètre mon sommeil, et les cauchemars s'enchaînent : tantôt nous périssons écrasés sous le plafond effondré, tantôt noyés sous les litres d'eau libérés par les canalisations rompues, tantôt battus à mort par les propriétaires du logement, membres de la mafia néo-orléanaise, tantôt d'un arrêt cardiaque suite à une violente crise d'angoisse... en tout cas, mon avenir proche n'est jamais très réjouissant. Vers 5h30, Christophe émerge, et je lui confie mon lourd secret, à quoi il répond : "On s'en fout c'est leur clim qui a un problème on n'y est pour rien", avant de se retourner pour grapiller encore quelques heures de repos.Pour moi impossible de fermer l'oeil, les "plics" semblent s'intensifier en même temps que mon angoisse. Vers 7h,la jeunesse s'éveille, ils arrivent les uns après les autres, enjambent la serviette comme si de rien n'était, prennent leur petit déjeuner en bâillant, sans se douter un instant de la terrible épreuve que je traverse : la clim fuit et c'est de ma faute, pardon mesdames et messieurs les jurés, j'avoue tout, punissez-moi mais épargnez mes enfants, ils sont si jeunes...et en plus ma petite Marion est malade, elle a de la fièvre, telle une Cosette des temps modernes, vous comprenez bien votre Honneur que je ne pouvais pas la laisser risquer la pneumonie avec une clim trop forte et du....Ma plaidoirie silencieuse intérieure est interrompue par l'Homme qui annonce la nécessité de se préparer pour quitter les lieux. La mort dans l'âme,je m'affaire au rangement, les yeux toujours attirés par cette serviette qui gît au sol, temoin silencieux de mes erreurs... silencieux...SILENCIEUX ?? Plus de " plics" ??? Mais oui, incroyable, je réalise soudain que LA CLIM NE FUIT PLUS !! Du moins, pour le moment...Et voilà comment nous avons quitté les lieux du crime après avoir effacé toutes les traces ( rangé la serviette quoi)... évidemment, j'ai passé la journée à guetter l'arrivée du FBI venu me chercher pour destruction volontaire de matériel réfrigérant et dissimulation de preuves, mais ils devaient avoir mieux à faire car je n'ai vu personne. Et alors que je m'apprête à aller me coucher après avoir bordé ma toute-petite et lui avoir donné un Doliprane,je me prends à rêver que toute cette mésaventure n'aura pas de conséquence désastreuse... sauf si, bien sûr, on vient me chercher dans la nuit pour m'emmener à Guantanamo...