CHRONIQUE
lundi 27 juillet 2026
Direction la Nouvelle Orléans
9 ans déjà... 9 ans que pour la première fois nous avons embarqué tous les 6 pour vivre ce que nous pensions être LE voyage de notre vie... depuis, nous y avons pris goût et il aura fallu une pandémie pour nous empêcher de repartir ainsi à l'aventure... c'est donc la 6ème fois que nous avons survolé un océan ( l'Atlantique plus souvent que le Pacifique certes...) pour poser notre sextuor (oui oui ce mot existe bande d'incultes à l'esprit mal placé !) en terre étrangère, américaine cette année encore une fois...Il y a 9 ans nous partions pleins d'enthousiasme et d'illusions; aujourd'hui la situation nationale et internationale est un peu plus présente à nos esprits; dans notre pays, comme dans celui où nous venons d'arriver, la vigilance est de mise face à la montée d'une pensée réactionnaire, violente, dangereuse pour les libertés individuelles, niant l'égalité des êtres humains et remettant en cause l'idée même de fraternité au nom du sacro-saint profit... et ici, dans le sud-est des Etats-Unis, berceau de la lutte des droits civiques, nous sommes venus chercher espoir et courage pour tenir bon et rappeler que toute société doit tendre vers l'amélioration de la vie de tous et le respect de chacun, et refuser de laisser une poignée de puissants égoïstes et étroits d'esprit décider de qui peut aimer qui, prier comment, lire ou écouter quoi, et à quel degré de dignité chacun a droit...Bref, pardonnez moi ce début de chronique un peu virulent, mais j'avais besoin de rappeler que l'on peut chercher le repos et le réconfort des vacances tout en restant conscient que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, et qu'il ne suffit peut-être pas de ne s'occuper que de notre jardin... Donc ce voyage a commencé selon un schéma bien rodé : une destination choisie en fonction des souhaits de la reine de l'année (c'est à dire celle qui est devenue majeure en 2026, même si en réalité elle reste notre toute petite princesse à paillettes rêvant d'être une star et d'épouser Sebastian Stan, vous l'avez tous reconnue, c'est notre Marion bien sûr), plusieurs mois de préparatifs pour l'Homme pourtant bien occupé cette année avec son opération du coeur, quelques après-midis de préparatifs pour les autres aboutissant au repérage de 3 restaurants typiques, 12 lieux emblématiques des droits civiques, 1 parc d'attraction, une cinquantaine de magasins d'usine et 6 tickets pour un match de base-ball, le bouclage des valises à l'arrache à H-8 avant le départ et, le choix du pré-acheminement vers l'aéroport en tenant compte des réalités de terrain... donc, bien sûr, avec des imprévus prévisibles....Pour rejoindre l'aéroport, soit on met 150€ dans un taxi et on se prend pour les rois du pétrole (solution préférée des gros bourgeois qui composent 5/6èmes de la famille), soit on met toute notre foi, 3 pass Navigo et 45€ dans la SNCF, ce qui représente une substantielle économie et nous maintient dans notre catégorie sociale tout en permettant au 1/6ème restant d'allier ses valeurs à son budget prévisitionnel.Et voilà comment un samedi matin à 5h40, nos 350kg de chair humaine et 120kg de bagages se retrouvent sur le quai (désert) du RER D prévu à 5h59, finalement retardé jusqu'à 6h12 (ô surprise !), terminus Gare de Lyon, sans interconnection jusqu'à Gare du Nord... bref, RER D en retard + marche en traînant les valises + métro empli de voyageurs malgré l'heure matinale + RER B blindé lui aussi... ça nous donne une famille de banlieusards suants arrivés à Roissy à 8h. Jusque-là, rien ne se passe comme prévu donc tout va bien.De là, incroyable, tout s'enchaîne bien, et nous voilà en salle d'embarquement sans encombre. Le temps d'aller acheter de quoi grignoter, faire la queue 10mn ressentie 10h car derrière nous un pauvre homme souffrant certainement d'une forme rare et ultra contagieuse d'Ebola ne cesse de renifler bruyamment et imaginer, bien sûr, qu'il sera assis derrière nous durant les 9h de vol (je suis à 2 doigts de lui proposer un mouchoir ou une injection léthale, au choix). Et bien le croirez-vous ? Mais non, ce pauvre homme ne s'est pas trouvé derrière nous, je pense que vous avez dû lire dans les faits divers qu'une personne est décédée à Roissy-Charles-De-Gaulle, étouffée par ses sécrétions nasales... C'est donc tout joyeux que nous attaquons la première partie de notre voyage mais là soudain le karma nous rattrape : derrière Paul se trouve un voyageur atteint d'un étrange syndrôme, "l'infantisme". Chaque fois qu'un des bébés présents dans l'avion pleure, crie ou se manifeste (et pourtant ce ne fut pas très fréquent et jamais très long), le jeune homme secoue le siège Paul en grommelant des menaces ou des injures ( "Ta gueule, put... ! Ferme-la ! Je déteste les gosses ! J'ai envie de me crever les tympans !"). Autant vous dire qu'après les premiers épisodes d'étonnement, ces manifestations déclenchent notre hilarité !Nous faisons escale à Atlanta, où nous récupérons nos bagages pour la correspondance vers la Nouvelle-Orléans avant de les confier à un charmant agent qui ressemble à Bill Cosby et nous demande où nous allons. En entendant la réponse de Christophe, il éclate de rire et le fait répéter, bidonné comme si on lui avait sorti la blague du siècle. Notre accent français a dû refaire sa journée !Pour le dernier vol, nous embarquonsdans les derniers, comme les gueux que nous sommes. Arrivésànotre 1ère6 rangée de sièges, nous devons déloger un steward désœuvré, qui se déplace avec le sourire pour s'installer sur la rangée juste derrière. Qui est encore pour nous. Il se lève de nouveau, toujours souriant, pour laisser Coline et moi nous installer. Puis il se rassoit...sur le 3ème siège. Où Louis doit s'asseoir ! Comprenant que nous sommes tous les 6, il semble impressionné et se met à rire. Décidément, on ne passe pas inaperçus !1h30 plus tard, nous voilà enfin en Louisiane, prêt à aller récupérer nos bagages... et là, pour la 1ère fois de notre carrière de voyageurs, nous nous retrouvons dans la situation de tous ces propriétaires de valises perdues, car seules celle de Louis et de Marion nous sont rendues. Renseignements pris, les 4 autres ont fait leur crise d'adolescence et ont choisi de prendre le vol suivant à Atlanta ! 1h 1/2 à attendre ! Heureusement que celle de Marion, porteuse de son précieux pot de Nutella, est bien arrivée !Nous patientons donc dans l'aéroport en débattant de philosophie et en récitant de la poésie (comprenez : en racontant des conneries et en luttant contre le sommeil ). Motivés par Christophe, nous faisons des videos Tik Tok qui nous mettent bien en valeur...à tel point que nous réalisons que nous sommes filmés par de braves américains qui doivent penser qu'on est célèbres !!Un moment de honte est vite passé....Enfin, nous pouvons reprendre possession de nos biens, gentiment arrivés par le vol suivant... il fallait bien tenter l'expérience !Pour l'exorbitante somme d'1$25, un bus climatisé conduit par un chauffeur tenant manifestement peu à la vie et cherchant à récupérer des têtes de touristes pour confectionner des poupées vaudous nous dépose dans un four - pardon, dans la rue où il fait au moins 65 degrés avec 123% d'humidité... autant dire qu'on ne traîne pas pour trouver notre petit appartement.Tous les ans, on a des suprises plus ou moins bonnes avec les hôtels que l'on réserve; tout le monde le sait, et ma chère famille adore regarder ma tête quand on découvre nos nouveaux logements... et ben là, les amis, ils n'ont pas été déçus ! Notre appart est juste génial, grand, frais, moderne, bien décoré, au 9ème étage avec une terrasse ! Un dîner rapide, 3 emplettes de survie pour le petit déjeuner du lendemain, une douche tellement appréciable et au lit pour la courte 1ère nuit de vacances en plein décalage horaire !Les réveils s'échelonnent entre 3 et 7h heure locale, et nous sommes donc, à notre grand étonnement, prêts, frais et dispos pour... aller à la messe à 9h ! Ce n'était pas prévu mais il faut battre le fer tant qu'il est chaud. La cathédrale St Louis Roi de France(!) nous accueille dans sa fraîcheur bienvenue; nous constatons encore une fois combien les paroisses se veulent accueillantes et inclusives de manière visible, bien plus que chez nous, jusque dans les lectures !50mn plus tard, nous voilà de retour dans la chaleur extérieure pour découvrir cette ville à la réputation bien connue; de jour, elle est magnifique et plutôt calme, et nous déambulons tranquillement à la recherche des points d'intérêt incontournables, et de ceux repérés par Marion; car oui, si elle a choisi cette destination, c'est parce que l'intrigue des séries "Vampire diaries" et son prequel "The originals" sont censés se dérouler ici ! Christophe va toucher le Mississipi, les garçons goûtent quelques boissons typiques, je repère les meilleurs beignets de la ville, les filles font du lèche-vitrine...La chaleur et la fatigue nous incitent à revenir nous mettre au frais quelques heures, et voici comment je peux rédiger cette chronique sans m'effondrer totalement de fatigue ! Mais l'heure du dîner a sonné maintenant, la cuisine créole et le jazz nous attendent pour un dîner chez Mr Ed's Southern Creole Kitchen, et si la magie vaudou ne s'empare pas de nous, nos aventures ne font que commencer !

