CHRONIQUE
dimanche 23 août 2026
La dernière avant la prochaine
Bonjour !Voilà, c'est fini, nous sommes à Atlanta dans l'avion qui va nous ramener dans notre vieille Europe. Pour arriver là, nous avons affronté un orage cataclysmique et des pluies diluviennes à la Nouvelle-Orléans, il fallait bien goûter à ça hors de la voiture !Ce matin, grâce à une super organisation, nous étions en avance à l'aéroport et... heureusement car nous avons pu cocher 1 case de plus sur notre liste " trucs qui ne nous étaient jamais arrivés" : l'excédent de bagages. Enfin, de 2 bagages sur 6 ( celui de Christophe et le mien). On le savait, mais un jour un agent nous avait dit que nous avions droit à un poids total sur notre groupe de valises; donc comme les bagages des enfants pesaient moins que le poids maximum, normalement ça passait.Sauf que là, c'est pas passé. Par flemme de devoir refaireles valises, on se dit qu'on va payer l'excédent... 260$ !!!! Heu... bonne manière de chasser la flemme je vous le dis !!!Et nous voilà tels des clochards à transvaser des trucs dans les valises au milieu de l'aéroport... mais ça a marché ! Encore une fois, un moment de honte est vite passé....Dans votre liste des indices de vacances réussies, qu'y a-t-il ? Pour certains (et peut-être en faites-vous partie), il y a faire en sorte de revenir avec un bronzage parfait, pour d'autres c'est compter plus de nuits blanches que de nuits sombres, pour d'autres encore c'est enchaîner des exploits sportifs en vélo, en rando, à la nage, d'autres encore cherchent à goûter à toutes les spécialités gastronomiques de leur lieu de villégiature...Pour moi, vous le savez, la liste commence par profiter des miens, et juste après survivre aux inévitables imprévus... mais il y a aussi... LIRE ! Tôt le matin quand tout le monde dort encore, tard le soir alors que je devrais dormir, dans la voiture pendant le road-trip, au bord de la piscine ou sur la plage lorsque notre emploi du temps nous permet de nous poser 2mn. Je lis dans un livre, sur mon téléphone, sur ma liseuse, peu importe, je lis.Et parfois, comme cette année, mes lectures m'apparaissent sous un jour étonnant; j'ai commencé avec " La dernière allumette" de Marie Vareille,bien vite dévoré et maintenant je lis "en parallèle" 3 romans très différents, "Aux portes de l'éternité" de Ken Follett, 3ème tome de sa trilogie "Le siècle" gentiment prêté par ma collègue Magali, "Léonie B." de Sébastien Spitzer, gentiment prêté par ma soeur Aurélie, et "Les belles promesses" de Pierre Lemaitre, dernier tome de sa quadrilogie qui m'accompagne depuis le premier opus et que je m'offre sans remord dès que j'en ai l'occasion.3 oeuvres différentes et pourtant bien semblables car elles tissent leur intrigue en entrecroisant des destinées particulières avec les événements de la Grande Histoire, française ou internationale.Et cette année, vraie coïncidence, les sujets abordés font écho à l'une des thématiques de ces vacances, les droits civiques des afro-américains et la lutte pour la liberté et l'égalité. Ken Follet l'évoque clairement, avec des détails précis comme les Freedom Riders ou Martin Luther King; Sébastien Spitzer, en mettant en mots le cheminement de pensée de Victor Hugo et les événements qui ont amené à l'écriture des "Misérables", rappelle que ces luttes ne sont ni récentes ni l'apanage d'une seule nation ou d'une seule culture. La hiérarchie de classes et le fatalisme des puissants face à la misère des petits et leur exploitation sans honte sont récurrents dans l'histoire... et Pierre Lemaître surenchérit avec son évocation de la soif du profit et du manque total de scrupules face aux opportunités qui se proposent, les nantis, propriétaires terriens ou capitaines d'industrie, prêts à tout pour s'enrichir encore, peu importe les conséquences pour les ouvriers et les "petites gens"... lui place son intrigue au début des 30 glorieuses, mais tout est encore transposable aujourd'hui, chez nous comme ailleurs.J'ai déjà ouvert ma 1ère chronique sur ces constatations, près d'un mois plus tard je recommence car je suis encore bouleversée par les visites que nous avons pu faire, la plantation de Laura ou le mémorial de Birmingham dont je vous ai déjà parlé, mais aussi le village de New Echota d'où les "Native Americans" ont été chassés alors qu'ils étaient parfaitement intégrés, simplement parce qu'un filon d'or avait été découvert sur leurs terres et que les blancs estimaient que c'était à eux que revenait le droit de l'exploiter (!)....Et puis, bien sûr, il y a eu Atlanta, berceau (au sens propre) de Martin Luther King, et lieu également de sa dernière demeure... une boucle courte de 38 ans durant laquelle il n'a cessé d'appeler à l'égalité pour les Afro-Américains, mais aussi pour toutes les sociétés exploitées à travers le monde, et tout cela sans violence. Quelle impressionnante foi en Dieu, mais aussi en l'Homme, quelle que soit sa couleur, car il fallait en avoir pour penser qu'on pouvait mettre fin pacifiquement aux lynchages, aux humiliations, aux discriminations qui étaient le quotidiens des noirs dans les états du Sud... j'ai encore versé ma larme face aux images, aux témoignages, aux citations...Et quelques jours après, nous voilà à Montgomery, sur les traces de Rosa Parks et, encore, de Martin Luther King, mais aussi de beaucoup d'autres, surtout des jeunes dont les noms soint moins connus, qui ont marché, chanté, prié, résisté sans violence pour faire avancer leur cause. Dans cette petite ville, il y a énormément de choses à voir, nous avons donc choisi les 4 sites du Legacy Museum, où tout commence au commencement avec l'esclavage. Et là, dès le début, encore une fois cette question : comment, un jour, des hommes ont-ils pu décider qu'il était normal, voire même "de leur droit et de leur devoir" de réduire d'autres hommes en esclavage, de les traiter moins que des animaux, de leur ôter toute dignité ? Comment a-t-il été possible de créer un système économique et politique basé sur une idée de supériorité d'une race sur une autre, justifiant toute exaction et tout acte de violence intolérable ?Alors que les vacances s'achèvent, nous gardons tous en tête ce que nous avons vu et entendu. J'ai discuté avec une jeune femme noire chauffeure de bus à Montgomery, lui demandant comment elle pouvait vivre ici, sans haine et sans peur... elle a sourit avec lassitude et m'a dit qu'elle ne ressentait pas de haine, car "Dieu nous dit d'aimer", mais qu'elle avait peur, encore, tous les jours... de la police, des discriminations, d'être noire dans une société où il n'y a pas si longtemps elle aurait eu si peu de droits, et où aujourd'hui, un fanatique est arrivé au pouvoir et s'ingénie à saper tout ce pourquoi tant de gens, noirs ou blancs, ont lutté... un jour, sur la route, nous avons croisé une peite manifestation anti-Trump et nous les avons applaudi, ils ont répondu avec enthousiasme en nous remerciant, il y avait beaucoup de personnes âgées, et des officiers de police en voiture les surveillaient... le courage de manifester ses convictions, encore... du coup, voilà, je me dis qu'il faut que j'en prenne de la graine alors je le dis, si parmi vous certains se disent qu'en 2027, "on pourrait voter RN" parce que "on n'a jamais essayé", venez me voir, discutons, je suis prête à écouter vos arguments mais je ne PEUX PAS CROIRE qu'un parti fondé sur la haine ("oui mais aujourd'hui ils ont changé gna gna gna"), qui supprime les aides aux plus faibles, aux plus petits, qui impose une censure culturelle, qui stigmatise les minorités, qui revendique des droits "historiques", "cutlurels", pire encore parfois "au nom de Dieu" !!!!, soit une solution pour l'avenir de notre pays. Je n'aurais certainement pas eu le courage de marcher pendant des jours, d'affronter les gaz lacrymogènes, les chiens, les jets d'eau, d'envoyer ma fille de 16 ans essuyer les crachats, les insultes et les coups en essayant d'entrer au lycée pour étudier, de réclamer pacifiquement le droit de vote, d'appeler à la non-violence alors que mon enfant de 14 ans avait été battu à mort puis jeté dans la rivière et que les 2 hommes blancs coupables de ce crime sont ressortis libres de leur procès (toute ressemblanceavec des faits divers plus récentschez nous me terrifie)... mais je peux décider aujourd'hui que certains actes, paroles, écrits qui voient le jour dans mon pays ne sont pas acceptables et qu'ils ne peuvent mener qu'au chaos, et refuser de laisser leurs auteurs s'exprimer sans honte. "Ce qui permet au mal de triompher, c'est l'inertie des gens de bien...." : cessons l'inertie ! Oups... voilà un beau discours de gaucho-rouge dirons certains, tant pis, j'assume, et je préfère ça à l'étiquette de catho-facho...Alors que les mois qui viennent nous mènent vers la paix dans une société où chacun sera accueilli et respecté sur notre belle terre de France comme ailleurs !Merci de m'avoir lue !

