samedi 1 août 2026
À la recherche des Alligators
Le mois de juillet touche à sa fin, notre première semaine de vacances également... nous avons quitté la Louisiane hier pour une halte dans le Mississippi (l'état hein, pas le fleuve... je n'ai toujours pas signé pour dormir à la belle étoile sur un radeau fait de bric et de broc même si "ça-c'est-sûr-que-ça-serait-une-chouette-aventure-que-personne-a-jamais-fait" ! ), histoire de couper la route qui nous mène en Alabama où nous arriverons ce soir.Ce nouveau périple en terre étrangère m'invite, comme tous les précédents, à me demander si tous les français en vacances ici vivent la même chose que nous. Visitent les mêmes choses, oui, ça c'est sûr, car les guides touristiques se ressemblent tous; mais vivent les mêmes situations ? Je ne sais pas.Petit exemple parmi d'autres : notre visite à l'outlet de la Nouvelle-Orléans, dont je vous ai parlé précédemment (là où on a trouvé des beignets et des Crocs). Rien de plus banal, vous l'avez tous déjà fait. Donc on fait le tour et nos petites emplettes, on récupère notre voiture et on quitte le parking. Enfin, on essaie de quitter le parking : la première borne de paiement nous dit que notre ticket est invalide. Je demande donc poliment à l'aimable gardien qui se trouve là - et au passage, quel métier ça, gardien de parking... à quoi sert-il ? Il passe la journée appuyé contre la grille d'entrée des piétons, les yeux rivés sur son téléphone qui doit avoir une batterie ultra-puissante, en attendant qu'un hypothétique passant lui demande un renseignement qu'il ne possède pas ou une aide qu'il ne peut pas lui fournir... comment donne-t-il du sens à sa vie professionnelle ce pauvre homme ??Donc bref, je demande de l'aide au gardien qui me dit qu'il faut aller payer directement à la barrière de sortie; nous nous y rendons docilement et commençons les opérations visant à nous permettre de gagner l'extérieur. Insertion du ticket : échec. La machine bip, râle, notre ticket est toujours invalide; Christophe triture le pauvre objet dans tous les sens, le passe sous le scan de toutes les façons possibles, on ne sait jamais peut-être que c'est une sorte d'escape game et qu'il faut trouver le bon sens... Le temps passe, le ticket refuse de devenir valide, je suis la seule à me dire qu'on va finir nos vacances dans ce parking à nous nourrir de beignets et qu'on nous retrouvera dans 10 ans obèses et incapables de sortir du véhicule dont il faudra nous extraire avec un chausse-pieds après avoir découpé les portières au chalumeau... réjouissante perspective s'il en est.Soudain, la solution à tous nos problèmes présents et à venir se matérialise devant nous : un autre gardien de parking ! Celui-ci est un "gradé", il a une chemise et pas un polo, et il peut passer sa journée assis dans sa petite cabane avec une prise pour recharger son téléphone... donc voilà ce brave homme n°2 qui arrive, baragouine un truc qu'évidemment on ne comprend pas mais comme il n'a pas l'air menaçant, Christophe accepte de lui donner notre ticket maudit. Le voilà qui recommence le même gymkhana que Christophe tout en marmonnant à demi-voix, des insultes envers nous ou des incantations vaudoues je ne sais pas trop, toujours est-il que tout à coup, l'invalidité du ticket prend fin et un BIP retentissant se fait entendre. Ouf, sauvés ! Il n'y a plus qu'à payer.Je tend donc ma carte pour que l'Homme s'acquitte du paiement, tandis que le préposé au parking retourne dans sa coquille, heu, sa guérite, et que la machine nous invite à "Insert your credit card" (Insérer notre carte pour les non-bilingues). Il insert donc la carte... et rien ne se passe.Pas de BIP satisfaisant, pas de barrière qui se lève. Juste "Insert your credit card" 2ème fois. Puis 3ème fois. Puis 4ème fois. Là, Christophe commence à perdre un peu de son flegme légendaire et lâche une petite insulte à la machine, ce qui provoque notre hilarité parce que c'est très rare donc c'est bien rigolo. Sauf que la machine ne veut rien entendre, elle répète inlassablement "Insert your credit card" de sa voix monocorde, et je commence à comprendre que les robots gouvernés par Intelligence Artificielle ont pris le pouvoir pendant qu'on faisait les courses et que leur volonté d'asservir l'espèce humaine est en train de se déployer sous nos yeux... la vision d'horreur de nos estomacs distendus par les beignets et emplissant tout l'habitacle s'impose de nouveau à mes yeux.Mais Dieu merci, la Providence se manifeste de nouveau avec le retour du gardien-chef que les machines n'ont pas encore réussi à lobotomiser. Nous poussons un soupir de soulagement jusqu'à ce qu'il nous demande de... "insert your credit card" !!! et nous regarde d'un air bovin. Là, je sens bien que Christophe se retient un peu de lui insérer sa credit card dans une partie de son anatomie non autorisée au public, mais il s'exécute et réinsert sans succès la carte dans la diabolique machine. Surpris, pensant sans doute que nous étions trop débiles pour insérer la carte correctement, le préposé au levage de barrière se met lui-même à la manoeuvre et tente à son tour d'insérer la carte... qui refuse toujours. Nous voilà bien. L'agent est perplexe, je suis décomposée, Christophe s'impatiente et les enfants... s'en tapent le coquillard car ils ne se rendent absolument pas compte du danger grave qui nous menace.Devant la perplexité de l'agent, Christophe décide de reprendre les choses en main et dégaine sa propre carte... qui, une fois insérée, permet à la machine de libérer son BIP tant attendu et de déclencher l'ouverture de la barrière, libérant ainsi notre Minguetmobile dans laquelle la surcharge pondérale n'a pas encore atteint un point critique...Tandis que nous nous éloignons, Christophe s'interroge sur la raison du refus de ma carte bancaire (insinuant sournoisement que j'ai peut-être dépassé mon plafond autorisé) tandis que je médite sur cette nouvelle catastrophe encore une fois évitée, et me promets d'y aller mollo sur les beignets à partir de maintenant...Par la suite, nous prenons donc la route pour quitter la Nouvelle-Orléans et monter vers le Nord; grisé par la joie de conduire sa belle Chevy, Christophe se retrouve en sens contraire, fort heureusement nous étions en ville et la circulation n'était pas dense, ce qui lui a permis de réparer son erreur sans trop de hurlements de ma part... nous faisons halte à Lafayette, jolie petite ville dont le nom et les affichages en français nous rappellent qu'il y a quelques siècles nous étions ici en terre française.Le lendemain, notre Marion va mieux et nous partons donc en excursion à Avery Island, où se trouve l'usine de production du Tabasco où nous apprenons les secrets de fabrication de cette sauce que l'on peut ensuite déguster. Petite anecdote inoubliable : Christophe achète les tickets d'entrée et la caissière lui demande s'il y a un forfait "Senior". Lui bien sûr répond non, mais Paul, qui est à côté, use de tout son tact pour lui faire remarquer que le tarif Senior, c'est 55 ans et +. Et son père qui dit : "Oui, ben personne n'a 55 ans !", avant de se rappeler que si, depuis un peu plus d'un mois c'est son cas !?La visite est couplée avec celle de Jungle Island, une sorte de réserve naturelle où la faune et la flore préservées nous permettent de faire une pause bucolique. Le lendemain, en partant pour Natchez, nous faisons une promenade à Cypress Island Preserve où nous espérons voir des alligators; malheureusement, c'est la saison de reproduction, donc le trail est fermé... nous repartons bredouilles, mais reportons nos espoirs sur Atchafalaya Basin où ces adorables petites bestioles semblent pulluler... et bien le croiriez-vous ???? Là aussi les alligators devaient être occupés à assurer la survie de l'espèce, et donc à la recherche d'intimité, car nous n'en avons encore vu aucun !Par contre, un serpent peureux, un cadavre de loutre décomposé et l'entièreté des moustiques vivant en Amérique du Nord ont constitué notre butin... on aurait dit que toute la famille souffrait du syndrome de Gilles de la Tourette, vocabulaire plus ou moins fleuri (même Marion a osé une "Ah mais zut à la fin !" en écrasant un moustique sur sa peau diaphane) et gesticulations dignes de la danse de St Guy... on devait être drôles à regarder, à mon avis on était filmés tout du long !Pour la pause déjeuner, nous cherchons où nous restaurer mais il est une réalité américaine peu connue : les villes offrent des restaurants classiques avec service à table et addition souvent salée pour nous 6, ou alors des sortes de pépinières à fast-foods où toutes les enseignes possibles et imaginables sont regroupées. Pratique pour choisir et se nourrir à moindre frais. Mais quand, comme nous, on est beaucoup sur la route et que le chauffeur préfère passer par les petites routes au milieu des coins paumés, et bien souvent il n'y a... rien. Aucun restaurant, aucun fast-food, ou alors il faut faire un détour de plusieurs kilomètres et rallonger la route. Et voilà comment on s'est retrouvé dans un boui-boui où les services d'hygiène n'ont jamais dû passer, où la cuisinière enceinte de 11 mois au moins a mis toute son énergie à nous préparer un repas à base de gras et d'huile (donc forcément très bon, mais pas idéal en regard de mon scénario apocalyptique évoqué plus haut !), et où, étonamment, nous étions les seuls clients... évidemment, Christophe a laissé un avis enthousiaste sur Google, et je l'ai laissé faire, ne serait-ce que pour permettre à la pauvre future maman d'aller accoucher en paix... Mais on a survécu et nous sommes arrivés à Natchez, en franchissant non pas le Rubicon mais le Mississippi, à la grande joie de Christophe qui se prend pour Tom Sawyer dès qu'il voit ce fleuve.Balade, piscine, jeux et dîner dans un drive-in, sous la pluie !Après une bonne nuit dans cet hôtel au charme surranné, nous reprenons la route en vitesse de croisière, en s'arrêtant où bon nous semble, comme dans la jolie petite ville de Laurel repérée par Christophe car une des émissions de rénovation qu'on adore se déroule là. Nous chinons dans les nombreuses boutiques de trouvailles de seconde main, où des tas d'objets et vêtements hétéroclites se côtoient. On ne dépense pas grand-chose mais on s'amuse bien...Les garçons s'amusent à goûter toutes sortes de sodas bizarres, goût moutarde ou bacon, je me demande vraiment de quoi leur estomac est tapissé... alors que dans le même temps, Marion n'ose pas aller réclamer de l'eau au restaurant et, quand je lui fais la remarque, elle dit que "c'est pas grave, elle va attendre que les glaçons de son verre fondent"... sortez les violons...Et là actuellement, nous terminons le trajet qui sera le plus long des vacances et qui me permet donc de taper cette chronique, sans empiéter ce soir sur mon temps de sommeil !