La chronique d'Elodie - Octobre / Novembre / Décembre 2014

«Allitérations, harmonie imitative, la vie ronronnante, pas le plus petit symptôme de destin… Le charme sans objet d’un roman qui se refuse à commencer.
Si tu me demandes un jour à quoi ressemble le bonheur- et tu me le demanderas – je te répondrai : à ça. »
Daniel Pennac, Monsieur  Malaussène

Parfois… angoisse primitive : plus rien à lire ! Et, par (mal)chance inattendue, un peu de temps devant moi pour lire quelque chose ! Système D en urgence : replonger dans les rayonnages poussiéreux de ma bibliothèque… et exhumer, par une bienheureuse inspiration, quelques pépites du temps d’avant, à savoir Au bonheur des Ogres, joliment estampillé en première page d’un « été 96 »… ça ne me rajeunit pas, et pourtant si, cure de jouvence délicieuse, prolongée par les trois autres tomes de la tétralogie aux titres prometteurs, La fée carabine, La petite marchande de prose, et Monsieur Malaussène donc, tous rangés gentiment les uns derrière les autres sur la même étagère…

Du temps pour lire, point trop, alors un peu moins de sommeil – même si, à mon âge !, ce n’est guère raisonnable…. Et le plaisir de tomber sur ces phrases qui font écho, sur ces descriptions de « vie ronronnante » au creux de laquelle se niche mon bonheur tout simple…

Je vous le souhaite, à chacun, ce bonheur de tous les jours pour chaque jour, au seuil de cette nouvelle année… Savoir mettre nos priorités là où se trouvent les vraies joies, savoir les reconnaître et les goûter, en apprécier la saveur rare et précieuse, car « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Matthieu, 6, 21)

Un correspondant d'automne

Je l’avais évoqué à la fin de ma si lointaine dernière chronique, le voilà en image : Simon, le correspondant allemand de Paul, a séjourné chez nous quelques jours au début de l’année scolaire. Timide, très effacé mais gentil, nous lui avons montré l’incontournable Tour Eiffel, gravie à pattes !, accompagnés de nos amis Balt avec qui nous « partagions » ce correspondant. A Paul maintenant de préparer son voyage en Allemagne pour le mois de mars….

D'est en ouest

Après la venue de ce visiteur de l’est, quelques semaines de préparation nous ont menés aux frontières occidentales de chez nous, en Normandie profonde où se trouva réunie, une fois n’est pas coutume, l’ensemble de ma tribu familiale, du plus grand au plus petit, dans un charmant village de mobil-homes avec piscine
Cet événement datant à présent de près de deux mois, je peux en parler sans être saisie de pulsions agressives, et c’est heureux. En effet, imaginez une brave femme (=moi) tranquille dans sa petite vie ronronnante, ajoutez-lui un frère et une sœur, dotez ces deux-là d’une énergie un chouille plus développée que celle de la brave femme (=moi) et d’une certaine capacité à endurer l’effort physique, faites germer dans l’esprit du plus jeune – et unique représentant de la gent masculine - membre de la fratrie l’idée saugrenue de « resserrer les liens familiaux » par le partage d’une « petite » épreuve sportive, saupoudrez la brave femme (=moi) d’une bonne louchée d’inconscience et voilà comment vous obtenez un trio prêt à s’engager pour un trail de 10km à travers la campagne normande…
Certains sceptiques (= mari de moi) avaient pourtant bien essayé de me faire prendre conscience de ce à quoi je m’exposais… mais que nenni… Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre, surtout quand ses oreilles sont remplies des remarques optimistes de son cadet : « quand tu cours 6 kilomètres, tu en cours 10 ! », « ce qu’il faut c’est ne jamais s’arrêter, il faut se lancer des défis »…
Et me voilà donc sur le départ, un peu anxieuse quand même en découvrant les tenues de professionnels de la course de mes compagnons – concurrents… Moi, j’ai mon joli t-shirt fuschia qui m’accompagne toutes les semaines dans mes entraînements, et mes baskets achetées en 1996 pour préparer mon épreuve d’endurance au concours de prof des écoles… total look, quoi, et côté innovations techniques je ne vous raconte pas….
Mais bon, il faut bien y aller, et je prends le départ sous l’œil compatissant de ma petite famille, venue en force me soutenir….
Enfants et mari, postés en plusieurs endroits stratégiques, voient passer tonton en plein effort, suivi de tata limite tranquille (ben oui, quand on a couru sur le Grande Muraille de Chine, un p’tit trail normand c’est du gâteau !)
Donc 2 des membres du trio passent… et point de moi… mari et progéniture commencent à s’inquiéter, ce n’est pas que la nuit tombe mais quand même…  Et juste avant que monsieur mon homme ne se décide à appeler à l’aide, voilà que j’arrive enfin… ou plutôt, que ma carcasse presque inerte émerge de ce satané sous-bois de la mort qui tue, rempli de creux, de bosses, de racines, de dénivelés  insupportables, et totalement dépourvu de point de ravitaillement, de compagnons de course compatissants, ou de fléchage kilométrique… 
Je dois à la vérité historique d’avouer qu’entre le départ et ce moment miraculeux où j’ai vu les miens surgir au détour d’un virage, j’ai égrainé bon nombre de dizaines de chapelet, presque autant de jurons, j’ai maudit frère et sœur en des termes bien peu chrétiens, j’ai soufflé comme un bœuf sans me soucier du niveau sonore que j’émettais, j’ai revu 50 fois dans ma tête la scène culte de Rasta Rockett où, tombés de leur bobsleigh, les Jamaïcains le portent sur les épaules car « il faut franchir la ligne » sous l’ovation de la foule en délire, j’ai accepté d’être dans la seconde moitié du peloton, puis dans le dernier quart, puis dans les 10 derniers, avant de trouver du réconfort dans le fait qu’à toute course il faut un dernier ! 
Bref, lorsque mon Paul m’a tendu une bouteille d’eau, j’ai cru que je n’arriverais même pas à l’ouvrir toute seule, et il a fallu qu’ils courent tous avec moi pour me motiver (« oh non, maman, tu peux pas abandonner ! ») et me redonner du courage pour affronter la fin de cette épreuve diabolique… 
I did it, donc… Jusqu’au bout, et même pas dernière en fait (il en restait 2 derrière moi, et malgré ce qu’en disent les mauvaises langues, elles avaient l’air aussi valides que moi). Fierté à l’arrivée, même si je dois avouer que dans les premières secondes juste après la ligne, j’aurais volontiers disparu sous terre pour mourir en paix… 
Mais le temps passe et fait son œuvre, j’envisage aujourd’hui sérieusement de rejoindre Benjamin dans le club des tatoués du mollet (ouais, c’est moi la créatrice de l’Iron-Woman figurez-vous), mais surtout, surtout, plus jamais je n’adhèrerai à ce genre de combine foireuse ! Ou en tout cas, pas de mon plein gré ! Qu’on se le dise ! Maintenant, je continue à mon rythme, mes 7/8 km hebdomadaires dans ma Brie plaaaaate et tranquille, en compagnie de monsieur et de notre balise GPS réconfortante… 

Au fil de l'eau

Du coup, j’avais bien mérité de prendre des vacances un peu exceptionnelles… et ça tombait bien, car Christophe et moi avions décidé de nous offrir une semaine de croisière fluviale sur le canal du Nivernais, à bord d’une charmante embarcation que nous qualifiâmes rapidement de camping-car flottant….
Une semaine de dépaysement total, pilotés par mon capitaine , mais où chacun a mis la main à la pâte, en famille de marins d’eau douce que nous sommes : tenir le bout, aider à la manœuvre des écluses, remplacer le capitaine à la barre, faire pivoter les ponts tournants ou relever les ponts basculants, préparer Halloween, pêcher le repas, jouer les co-pilotes par temps de brume… autant d’activités où les petites mains étaient bien utiles !
Nous avons accueilli avec plaisir des visiteurs de marque, en la personne de papi et mamie, le temps d’une escale à Auxerre et de quelques heures de glissade au fil de l’eau, merci, c’était super !
Bref, on recommande, c’était super pour tous, même si le charme des écluses finit par s’épuiser au bout de la 30°, n’est-ce pas les gars ?
Et en réponse à ceux qui nous ont dit « moi, je ne supporterai pas d’être les uns sur les autres comme ça pendant une semaine », on peut répondre que nous, justement, c’est ça qu’on aime, profiter de la vie les uns sur les autres et les uns avec les autres ! L'album est là !

 Dans la nuit bellifontaine

Si vous êtes amis avec Christophe sur Facebook, vous savez que nous aimons bien les géocaches…
Nous avons découvert une nouvelle forme de recherche en nous lançant dans une quête nocturne, au cœur de la forêt de Fontainebleau. Il faisait froid, il faisait nuit, ça faisait limite un peu peur, mais notre fine équipe est arrivée au bout de la recherche et a découvert la cache !
Merci David de nous avoir permis de vivre ce moment bien sympa, je dois reconnaître que j'étais soulagée de retrouver les lumières de la civilisation !

Nos artistes

Les fins d’années, comme les fins d’années scolaires, donnent aux parents que nous sommes de belles occasions d’admirer nos enfants dans leurs « arts »….
C’est ainsi que, lors d’une manifestation au profit du Téléthon, notre Coline nous a offert un spectacle rythmé et joyeux, où elle s’est éclatée ! Ma belle rebelle…
Portes ouvertes à l’atelier danse de Marion, pour découvrir ses progrès : 1°, 2nde, des positions de « grandes » ! Bras en corbeille, saut de (petit) chat… notre petit rat s’affirme !
Paul a repris cette année le chemin du cirque ; portes ouvertes là aussi, et surprise de découvrir les progrès de notre cadet : équilibreacrobaties (son activité préférée), jonglage… petit aperçu de sa pratique. Et coup de chapeau au professeur, Cécile, patiente, gaie, exigeante, valorisante et appréciée de tous !
Adolescence oblige, Louis nous a demandé de ne pas être les SEULS parents à la porte ouverte du groupe des « grands » de l’école du cirque… et nous avons accepté… pas de photo donc, il faudra attendre le spectacle de fin d’année pour découvrir notre grand !

Disney d'hiver

Malgré le temps maussade, ou plutôt en cas de temps maussade, une journée sur les parcs met du soleil dans le week-end !
Nous avons découvert, sous les décorations de saison toujours féériques, la  parade de Noël, très colorée, la féérique parure nocturne du château, les boutiques illuminées, le sapin fantastique….
Tandis que Marion et moi profitions des douceurs des cabines du Molly Brown glissant sur les eaux calmes du lac, Coline accomplissait enfin son rêve : découvrir Indiana Jones grâce aux litres de soupe engloutis pour atteindre le cap fatidique des 1m40 ! Une aventurière est parmi nous, qu’on se le dise !
Enfin, à tous ceux qui affirment que les enfants de maintenant ne sont pas capables de faire preuve de patience, ne s’intéressent à rien et sont dans une culture du consommable/jetable, je dirais : « Venez voir mes filles attendre, dans le froid et la foule, sous la menace d’un torticoli, le passage d’Elsa et Anna, reines des neiges, pour le simple mais grand bonheur de leur envoyer un salut, et dites-moi si ça c’est de la culture de l’immédiateté…. »

Noël s'annonce, Noël est là....

C’est sûr, nous sommes loin du féérisme gigantesque de notre parc préféré, mais chez nous Noël s’installe aussi en long et en large….
Dès le début de l’Avent, avec l’aide de tous et le recours systématique à la dernière chronique du site de l’année précédente, pour savoir à qui revient cette année le privilège de déposer l’étoile
Des traditions qui nous sont chères : les jeux de société dans l'attente du réveillon, la confection des sablés pour le Père Noël, l’animation de la messe avec notre altiste en renfort, la bûche de Noël sur la table, l’installation du Divin Enfant avant le coucher….. mais aussi d’autres que l’on fait évoluer : cette année, après le réveil matinal, c’est à la queue leu leu en ordre décroissant que les enfants ont rejoint le salon, se demandant, comme toujours, ce qu’ils trouveraient au pied du sapin….
Des jeux, des livres, des bijoux, des gadgets rigolos, des fées qui volent, des chiens qui obéissent aux ordres, des Légos bien sûr, bref du bonheur empaqueté et la joie de se l’offrir….
Le jour de Noël, qui commence donc de bonne heure et en fanfare !, est un jour à part, pas d’horaires, pas de contraintes, nous ne sommes « que de nous » alors c’est tranquille….
Christophe, qui a reçu un nouveau drone en cadeau, l’essaye vite vite dans la maison : résultat : une agression physique pas très cool de la part dudit objet, il faudra apprendre à le dresser !
Dans l’après-midi, le soleil est de la partie, les filles ont besoin de prendre l’air, nous partons donc au parc tout proche, accompagnées par Christophe… et son drone.
Tandis que mamie et moi devisons au soleil en regardant les filles récolter des kilos de boue sous leurs bottes, monsieur s’amuse avec son jouet, tel un ado devant une PS3… Tableau idyllique… mais tout ça messieurs dames, c’était avant le drame…
Un drone, une télécommande, 20 mètres de hauteur, du vent, des arbres…. Mettez en place l’enchaînement logique : le drone, télécommandé à 20 mètres de hauteur, se trouve poussé par le vent en haut d’un arbre….
Ça fait sourire comme ça, mais dans la vraie vie, c’est bien moins drôle… occasion très rare où Christophe perd son humour… Opération sauvetage en action : retour base, récupération du matériel adéquat (échelle télescopique de papi, corde de rappel, mousquetons et baudrier) et de l’équipe de secours (Louis et Paul, abandonnant en un clin d’œil – à mon plus profond étonnement- leurs écrans et leurs manettes), et mise en veille de l’équipe de soutien moral (mamie et moi) en attendant le retour des guerriers…
Grimpette de Christophe, assuré par Louis, guidé par Paul, décrochage du drone, retour base : opération réussie ! Déconnexion et reprise de la respiration pour moi, en apnée de prière depuis le début de la mission… décidément, on ne s’ennuie pas ici… Joyeux Noël !

Suite de fêtes

Retrouvailles familiales du côté de Christophe autour de Papounet et Nicole à l’Aquaboulevard de Paris… très bonne idée pour que les enfants se défoulent ! Les garçons se sont essayés à la vague, avec plus ou moins de succès, les papas aussi ! 
Jacuzzi entre gars ou entre filles, toboggans, saut à la corde… de quoi fatiguer tout le monde, et profiter d’une soirée calme pour découvrir les cadeaux…. Merci Papounet et Nicole pour ces bons moments passés ensemble, à l’eau ou au sec !
Le lendemain chez mamie Christiane, le beau temps nous invite à prendre l’air… glacial ! Par goût personnel et par curiosité familiale, je propose de découvrir le cimetière allemand de Solers, encore inconnu de nous après toutes ces années ! Il faut bien dire que l’enthousiasme général est limité (congelé par le vent sibérien !), nous prenons juste le temps d’un rayon de soleil pour immortaliser l’instant, avant de nous réfugier de nouveau chez mamie où nous attendent le sapin et ses surprises ! Merci mamie pour tout ce travail de préparation et pour le plaisir des petits et des grands.

Le temps des voeux

Quel bilan dresser de cette année 2014 ? Pour nous, de grandes et de petites joies, des réconciliations, des voyages, des projets, mais aussi des inquiétudes, des pertes d’amis plus ou moins proches, des déceptions, des chagrins à consoler….
Si on met le tout dans une balance pourtant, les bons moments l’emportent, car ils sont innombrables les instants précieux de bonheur, un câlin sur le canapé, un secret du soir, un resto en amoureux, un fou-rire en famille, un coup de téléphone à ceux qui sont loin, une sortie entre amis, une discussion entre copines, une satisfaction au travail, les multiples manifestations de la présence, dans nos vies, de Celui qui veut notre bonheur et nous appelle à le trouver malgré les péripéties de nos existences…
Alors, pour 2015, je nous souhaite, je vous souhaite, plus encore de ces moments précieux, qui sont les pépites avec lesquelles nous tapissons nos cœurs et nos mémoires, car, comme le dit mon Jean-Jacques, 
Il ne faut prendre en ses bagages que ce qui, vraiment, compta,
Et se dire merci de ces perles de vie…

Merci à tous ceux qui partagent avec nous ces perles de vie, 
ces gouttes de joie.
Que 2015 soit une source où nous nous retrouvions ensemble…
Belle année à tous !