La chronique d'Elodie - Septembre / Octobre 2013


Juillet fut très chaud. Denise souffrait dans son étroite chambre, sous les ardoises. Aussi lorsqu'elle sortait de son magasin, prenait-elle Pépé chez Bourras ; et, au lieu de monter tout de suite, elle allait respirer un peu l'air des Tuileries, jusqu'à la fermeture des grilles. Un soir, comme elle se dirigeait vers les marronniers, elle resta saisie : à quelques pas, marchant droit à elle, il lui semblait reconnaître Hutin. Puis, son coeur battit violemment. C'était Mouret, qui avait dîné sur la rive gauche et qui se hâtait de se rendre à pied chez Mme Desforges. Au brusque mouvement que fit la jeune fille pour lui échapper, il la regarda.

La nuit tombait, il la reconnut pourtant.

- C'est vous, mademoiselle.

Elle ne répondit pas, éperdue qu'il eût daigné s'arrêter. Lui, souriant, cachait sa gêne sous un air d'aimable protection.

- Vous êtes toujours à Paris ?

- Oui, monsieur, dit-elle enfin.

Lentement, elle reculait, elle cherchait à saluer, pour continuer sa promenade. Mais il revint lui-même sur ses pas, il la suivit sous les ombres noires des grands marronniers. Une fraîcheur tombait, des enfants riaient au loin, en poussant des cerceaux.

- C'est votre frère, n'est-ce pas ? demanda-t-il encore, les yeux sur Pépé. .

Celui-ci intimidé par cette présence extraordinaire d'un monsieur, marchait gravement près de sa soeur, dont il tenait la main :

- Oui, monsieur, répondit-elle de nouveau.

Elle avait rougi, elle songeait aux inventions abominables de Marguerite et de Clara. Sans doute, Mouret comprit la cause de sa rougeur, car il ajouta vivement :

- Écoutez, mademoiselle, j'ai des excuses à vous présenter...

Oui, j'aurais été heureux de vous dire plus tôt combien j'ai regretté l'erreur qui a été commise. On vous a accusée trop légèrement d'une faute... Enfin, le mal est fait, je voulais seulement vous apprendre que tout le monde, chez nous, connaît aujourd'hui votre tendresse pour vos frères...

Il continua, fut d'une politesse respectueuse, à laquelle les vendeuses du Bonheur des Dames n'étaient guère habituées de sa part. Le trouble de Denise avait augmenté ; mais une joie inondait son coeur. Il savait donc qu'elle ne s'était donnée à personne ! Tous deux gardaient le silence, il restait près d'elle, réglant ses pas sur les petits pas de l'enfant ; et les bruits lointains de Paris se mouraient, sous les ombres noires des grands arbres.

- Je n'ai qu'une réhabilitation à vous offrir, mademoiselle, reprit-il. Naturellement, si vous désirez rentrer chez nous...

Elle l'interrompit, elle refusa avec une hâte fébrile.

- Monsieur, je ne puis pas... Je vous remercie tout de même, mais j'ai trouvé ailleurs.

[…]

Lui, ravi, l'écoutait avec surprise. Il se tournait, tâchait de distinguer ses traits, dans la nuit grandissante. Elle semblait toujours la même, vêtue d'une robe simple, le visage doux ; mais, de cet effacement modeste, montait un parfum pénétrant dont il subissait la puissance. Sans doute, cette petite s'était faite à l'air de Paris, la voilà qui devenait femme, et elle était troublante, si raisonnable, avec ses beaux cheveux, lourds de tendresse.

- Puisque vous êtes des nôtres, dit-il en riant, pourquoi restez-vous chez nos adversaires ?... Ainsi, ne m'a-t-on pas dit également que vous logiez chez ce Bourras ?

- Un bien digne homme, murmura-t-elle.

- Non, laissez donc ! un vieux toqué, un fou qui me forcera à le mettre sur la paille, lorsque je voudrais m'en débarrasser avec une fortune !... D'abord, votre place n'est pas chez lui, sa maison est mal famée, il loue à des personnes...

Mais il sentit la jeune fille confuse, il se hâta d'ajouter :

- On peut être honnête partout, et il y a même plus de mérite à l'être, quand on n'est pas riche.

Ils firent de nouveau quelques pas en silence.

[…]

Ni l'un ni l'autre n'avait plus rien à se dire. Un instant, il essaya de causer de l'oncle Baudu ; puis, il dut se taire, en voyant le malaise de la jeune fille. Cependant, ils continuaient de se promener côte à côte, ils débouchèrent enfin, vers la rue de Rivoli, dans une allée où il faisait jour encore. Au sortir de la nuit des arbres, ce fut comme un brusque réveil. Il comprit qu'il ne pouvait la retenir davantage.

- Bonsoir, mademoiselle.

- Bonsoir, monsieur.

Mais il ne s'en allait pas. En levant les yeux, d'un coup d'oeil, il venait d'apercevoir devant lui, au coin de la rue d'Alger, les fenêtres éclairées de Mme Desforges, qui l'attendait. Et il avait reporté ses regards sur Denise, il la voyait bien, dans le pâle crépuscule : elle était toute chétive auprès d'Henriette, pourquoi dont lui chauffait-elle ainsi le coeur ?

Emile Zola, Au bonheur des Dames

 

 

Hmmmmmfffff… et voilà à quoi j’occupe mes premières vacances, relire ce livre pour la 6° fois au moins… et tout ça à cause de Laurence qui me l’a remis en tête ! Mais comme à la première lecture, je me pâââme, je fonds, c’est trop pfffffff… so romantic… Bref, ça me mets le rouge aux joues et le feu au cœur comme dirait Mr Zola, et j’adore ça !

Mais comme on est au XXI° siècle, je profite des nouvelles technologies pour approfondir mon plaisir, et me voilà à visionner assidument, avec délice, l’adaptation anglaise du Bonheur des Dames en version mini-série BBC, en VO et en costumes… et, pendant, ce temps, le travail ne se fait pas (et les chroniques de septembre et d’octobre non plus !) ! Mais Dieu que c’est bon !

Au fait, cette chronique est en spéciale dédicace pour le petit Jules, enfin arrivé parmi nous...

 

Au début de septembre…

Si vous avez lu la précédente chronique (certes lointaine, à présent), vous n’avez pas oublié que notre retour de vacances nous a apporté un nouveau chantier à entreprendre : la rénovation de la chambre de Louis, totalement dévastée par les productions fécales redoutables de notre chatte…

Pourquoi se contenter de changer la moquette quand on peut profiter de l’occasion pour poser des cloisons et repeindre les murs ? Au boulot tout  le monde (ou presque, je dois dire que ma contribution n’a guère été plus importante que celle de Marion !), et en deux temps trois semaines, la pièce était de nouveau habitable !

Emerveillement personnel devant mon homme, toujours si brillant, ingénieux et… patient… avec le placo récalcitrant, avec les enfants maladroits mais bien intentionnés, avec sa femme qui voudrait, tel le grand Yaka, que tout soit fini avant d’être commencé… Notre Louis voit la vie en bleu et blanc maintenant, espérons qu’avec ça il va nous faire une année scolaire fantastique (en projet)…

 

Pour s’en remettre…

… il faut du réconfort. Fin août, j’annonçais notre dernière visite à Disney. Que nenni…

Une nocturne en septembre, sous la pluie, pour faire honneur aux hot-dogs géants de Caseys’s Corner, c’était un minimum.

Et puis une vraie visite, en octobre, sous les couleurs d’Halloween, pour se remplir les yeux de magie devant la nouvelle parade saisonnière (et rêver d’être costumière là-bas), déjeuner une dernière fois à Pizza Planetenchaîner les virées dSpace Mountain et dAutopia dans un parc très calmement fréquenté, et s’apercevoir, en jetant un dernier coup d’œil aux boutiques, que Noël est au coin de la rue….

 

Et après ?

Donc, ce fut la rentrée ; RAS pour les enfants, de bonnes classes, des copains, de bons profs / maîtresses, c’est tellement important…

Pour Christophe, ceux qui l’ont suivi sur FaceBook ont vu combien ses premiers pas de professeur ont été réussis… beaucoup de préparation, un chouilla de stress avant d’entrer dans l’arène, et depuis que du bonheur, la joie des cours à préparer et des élèves à regarder apprendre, des interrogations, des remises en question, l’impression de découvrir un nouvel univers… pourvu que ça dure !

De mon côté, après des débuts mouvementés où mon poste a été menacé de fermeture pour cause d’effectifs trop bas, je profite à présent pleinement de mes 22 CP, lutins bavards et attachants, avec qui je réapprends à assembler des syllabes et coder des mots : « Milo a un ami », « mamie a mal », « tata a un rat », « papa rit » etc… Je suis fascinée de leurs progrès, de leurs capacités et de leur envie d’apprendre… j’espère juste ne pas leur gâcher ce plaisir !

Au milieu de ces adaptations, la vie continue, avec ses fêtes et ses célébrations, comme les noces d’étain de Marc et Marie pour lesquelles un certain nombre de petits d’hommes étaient réunis !

Autre événement de ce mois de septembre, l’accueil d’un nouveau correspondant allemand pour Louis, prénommé… Erick ! Décidément ! A l’image de l’autre Erick que nous avions reçu l’an dernier, celui-ci a été charmant, très gentil avec tout le monde, serviable, poli et simple… du bonheur ! A sa demande, nous sommes allés à Paris contempler la ville à nos pieds depuis la terrasse des Grands Magasins,  et depuis la Tour Eiffel, incontournable évidemment. Des moments d’échange toujours très sympas, et encore une fois l’occasion de constater que les ados d’un peu partout aiment les mêmes choses (les écrans et les sweats de marque !)….

 

Puis vint octobre…

Et avec lui les 70 ans de Papounet. Pour l’occasion, enfants et petits-enfants se sont tous retrouvés, par surprise et avec la complicité de Nicole,  dans un super gîte au pied du Mont St Michel, pour un week-end de balade et de plongeons, le gîte nous offrant le confort d’une piscine semi-privée !

L’eau était à température normando-bretonne, à l’image du Mont, autant dire que je ne m’y suis pas trempée longtemps ! Mais j’ai pleinement profité des autres plaisirs du lieu, notamment le chapardage des carottes au bord du champ… monumentale « récolte », qui a bien aidé à nourrir les jeunes affamés de la troupe !

Nous sommes évidemment partis à l’assaut du Mont, notre joyeuse et bruyante bande faisant sensation, notamment lorsque Papounet eut droit à quelques « free hugs » de la part de touristes asiatiques promptes à lui souhaiter un bon anniversaire !

Les enfants ont cherché à se glisser dans tous les interstices possibles, découvrant des passages secrets pas très secrets mais tellement rigolos !

Ce fut donc un très bon week-end, on espère que Papounet a profité de ce rassemblement dynamique, et qu’il a puisé de l’énergie pour les 10 années à venir !! Joyeux anniversaire Papounet !

 

Premières vacances

Fin de ce que les enseignants appellent la « première période », ce que moi j’ai baptisé les « stressing seven », à savoir les 7 premières  semaines de l’année scolaire où tant de choses doivent se mettre en place…

Pour fêter ça, nous avons décidé de descendre (puis de monter) pour voir papi et mamie dans leurs montagnes. Petite folie pour s’épargner la fatigue du voyage (et les vomissements de Marion dès qu’on attaque la montagne), nous avons opté pour le train. Embarquement donc direction Marseille, dans un « Ouigo » tout confort, à bord duquel on peut jouer, lire, discuter, manger sans être malade, aller faire pipi sans devoir arrêter d’avancer… c’est trop bien !

Après une escale de 3h à Marseille  et une visite express des quartiers proches et du vieux port, nous sommes arrivés à destination en pleine nuit (enfin, bon il n’était que 20h30 !) … j’avais l’impression que nous étions des réfugiés venant de passer la ligne de démarcation, avec papi et mamie qui nous attendaient au bout du quai, et mes fillettes crasseuses et décoiffées comme après une errance de plusieurs jours !

Au programme de  ces belles vacances montagnardes : des bols d’air ! Au pied des Demoiselles Coiffées, nous avons trouvé une géocache dissimulée entre les rochers et les feuilles d’automne… La pluie nous a surpris, et s’est jetée sur Louis–mais non il n’avait pas froid, c’est bon, c’est que de l’eau, arrête maman, nan j’ai pas besoin de mon manteau– le clouant au lit avec fièvre, toux et extinction de voix pour quelques jours… joie !

Du coup, c’est sans lui, sans Christophe qui le « gardait »,  sans Marion « qui avait mal aux jambes » et sans Onyx qui  les surveillait, que nous avons fait, dès le lendemain, une chouette ascension dans un paysage à la Heidi. Paul, malheureux sans son frère, a rechigné un peu mais Coline était dans son élément, faisant fonctionner sa langue au même rythme que ses jambes, poursuivant infatigablement Frimousse, la mascotte,  jusqu’au « sommet » où nous nous régalâmes de quelques noix et d’eau fraîche, tel Maurice Herzog en haut de l’Annapurna (pour peu qu’il y soit réellement allé…) Puis descente en pente douce pour rassembler notre énergie

A la maison, quelques parties de TDC –incontournable - , de rami ou de Rummikub, et puis la redécouverte du Petit homme blanc avec papi aux commandes et les gars en exécutants

Tandis que la pauvre mamie faisait bravement face aux appétits de fauves de mes hommes, papi nous concoctait d’autres virées, pour nous mener vers des sommets sublimes ou dans le lit de torrents à sec… Doux et beaux moments de détente, même si, décidément, mes enfants ne sont pas de grands marcheurs !

Après avoir jeté une bonne quantité de cailloux au bord du viaduc de Chanteloube, sous l’œil indulgent de papi et mamie, nous avons terminé sur les « plages » du lac de Serre-Ponçon, avec une température de fin d’été et une vraie sensation de vacances

Merci à vous mamie et papi pour votre accueil et votre « adaptabilité » à notre tourbillon, pour les sorties, les jeux et les bons petits plats… on va s’entraîner encore mais promis, un jour, on gravira le Piolit avec vous !

 

Joies d’octobre.

Juste avant les vacances, nous avons été conviés aux portes-ouvertes au cours de danse de Coline ; pour information, elle fait du street-jazz, un genre de hip-hop mâtiné de break danse, bref un truc très actuel qui bouge dans tous les sens… mon épatante crapulette nous a bluffés, au milieu de toutes les « grandes » de 12 ans elle tire très bien son épingle du jeu et semble y prendre beaucoup de plaisir…bravo ma puce.

Juste au retour des vacances à Montgardin, les gars et leur père se sont rendus à la Villette pour la journée spéciale MineCraft Des cubes et des pioches… Des conférences au thème obscur pour les non-initiés comme moi (genre : « tout savoir sur la redstone »… moi je ne sais déjà pas ce que c’est, la redstone…), mais qui les ont passionnés. En plus, ils ont rencontré Aypierre, wouahou (cris de groupies !).

Eux : Attends, maman, tu t’imagines ??? Aypierre ! On a même fait une photo avec lui ! (et d’exhiber fièrement le fond d’écran de leurs téléphones).

Moi : Oui, mes princes, je m’imagine très bien, c’est un peu comme si moi je faisais une photo avec Jean-Jacques Goldman…

Eux : Euh…ouais, s’tu veux…Non, arrête maman, c’est pas grave (échanges entre eux de sourires complices et navrés)

Christophe : Et même, Aypierre a fait une photo avec Goldorak ! (et d’exhiber fièrement son post FaceBook !)

Moi : Ah ben oui, c’est comme si moi… non rien. C’est bien, les garçons !

Enfin, pour terminer le mois, un truc qui nous unit bien, c’est la fête d’Halloween ; cette année, Marion et Coline ont choisi elles-mêmes leurs costumes, l’une pour faire peur, l’autre pour être belle… Paul a improvisé un maquillage sanguinolent, tandis que Louis… ben nan, il est un peu grand quand même maintenant… pour les déguisements… mais pas pour le porte à porte de la récolte de bonbons, ni pour la participation au dîner monstrueux !