La chronique d'Elodie - mars 13


Très vite, un professeur devient un vieux professeur. Ce n'est pas que le métier use plus qu'un autre, non... c'est d'entendre tant de parents lui parler de tant  d'enfants - et parler d'eux-mêmes, ce faisant - et d'entendre tant de récits de vies, tant de divorces, tant d'histoires de familles : maladies infantiles, adolescents  qu'on ne maîtrise plus, filles chéries dont l'affection vous échappe, tant d'échecs pleurés, tant de réussites brandies, tant d'opinions sur tant de sujets, et sur la  nécessité de lire, en particulier, l'absolue nécessité de lire, qui fait l'unanimité.
,Daniel Pennac Comme un roman


Serais-je déjà un vieux professeur ? Serait-ce de là que vient cette lassitude de fin de jour, au dernier cahier refermé ? Petite réflexion à la relecture de ce livre tant aimé, une fois les deux  tomes du Siècle de Ken Follett terminés....
Un jour, je ne sais pas pourquoi je repense à ça, j'avais lu un article où Carole Bouquet (l'actrice) racontait qu'à une époque, elle prenait de la drogue pour faire face au quotidien,  genre se lever le matin, vider les poubelles, faire les courses etc... pauvre chérie... je me dis que moi parfois j'aurais bien besoin aussi d'une petite dose pour supporter le chat qui réclame  perpétuellement à manger et vomit ensuite partout, le linge sale qui semble s'empiler continuellement, les rendez-vous avec les parents d'élèves où je croise toute la misère du monde,  les traces de doigts sur les vitres qui reviennent avant même que le chiffon qui les a nettoyées soit sec, la voiture qui ne peut pas avancer le matin parce que le froid de la nuit a fait geler les tambours de frein sur les pneus, l'imprimante qui ne veut plus imprimer si on utilise l'ordinateur  principal, les cahiers de mes élèves pas signés, les horaires des activités des enfants qui se télescopent toujours avec les rendez-vous d'orthodontiste de Louis, les semelles des chaussures de Coline  qui se décollent perpétuellement, les représentants en portes, volets, fenêtres ou mutuelles qui téléphonent toujours à l'heure des repas.... la vie quoi !
Alors maintenant, j'assume, sans vergogne, ma dose quotidienne (voire pluri-quotidienne !) de chocolat !!! Dieu que le Carême a été long !!!!!!! Et vous, vous marchez à quoi ??

Disney pluvieux
Notre premier week-end de mars nous a menés chez Mickey,  avec mamie qui fêtait son anniversaire...  Ambiance pluvieuse et fraîche, mais toujours autant de  plaisir pour  chacun, et une ambiance particulière au détour de  certaines allées...
Quelques jours plus tard, je profitais des vacances scolaires pour emmener de nouveaux les 3 "grands" et leurs copains passer la journée avec Mickey, tandis que Marion profitait  de sa mamie, d'une invitation chez une copinette et de son papa, se convertissant avec lui en MasterChef pour nous cuisiner un  dîner revigorant après cette journée éprouvante... et pour cause : un monde fou, un des copains fiévreux dès midi, et surtout une panne de portable juste au moment où nous avions scindé le groupe entre les "aptes à Space Mountain" et les "non-aptes"... donc me voilà en rade, mon super trop top bien portable dernier cri qui refuse de s'allumer !!! et donc mes fils et leurs potes perdus loin de moi entre la terre,  la lune et DiscoveryLand... quelques instants (30 bonnes minutes en fait !) de réelle panique, un aller-retour aux enfants perdus ("vous n'auriez pas vus 5 garçons ? "de quel âge madame ?" "heu... entre 11 et 13 ans..." - sourire en coin du préposé aux marmots égarés, au milieu de sa pièce remplie de mobilier pour enfant de maternelle et de grosses peluches -  "non, madame, voulez-vous que nous lancions un avis de recherche ?" " non, ça va aller merci, je vais bien finir par les trouver")... et retrouvailles fortuites devant Star Tours... alleluia ! On a évité les hauts-parleurs braillant à travers le parc que "le petit Louis et le petit Paul sont attendus par leur maman au bureau des enfants perdus"...
Une fois ma frayeur dissipée, j'exhibe mon portable aux lascars retrouvés qui, ni une ni deux, enlèvent la batterie, la replacent et rallument l'engin... welcome back in the living phone world... Bref, voilà, et une quiche hand made by papa & Marion bien appréciée à l'issue de tout ça !

Pays merveilleux
L'an dernier, les enfants ont pris goût aux joies de la glisse sur les pentes ensoleillées de Réallon... cette année, parisiens de dernière zone oblige, nous cherchions une station d'altitude pour  nous garantir de la neige jusqu'au 15 mars... bon plan entre copains, et nous voilà de retour aux  Deux Alpes, 20 ans après y avoir fait mes premières chutes descentes à ski....
Les retrouvailles avec la neige sont  joyeuses pour  chacun, même s'il faut un peu de temps pour retrouver  ses marques et sa technique....
Nous découvrons  notre petit appartement, charmant et pratique, rapidement  envahi par notre bazard familial...
Puis les choses sérieuses commencent,  les cours pour  les filles, les pistes à toute allure avec nous pour  les garçons. J'adore les voir suivre leur père à la trace (ou presque !),  emprunter les mêmes chemins, franchir les mêmes bosses... Je mets mes pas dans les pas de mon père...
La semaine s'écoule, douce et calme, à part les larmes de Colinette qui rechigne à aller en cours... et c'est étonnant, avec un moniteur qui ressemble à un ours en combi rouge, aimable comme un geôlier  et patient comme un Parisien au volant... je ronge mon frein quand je le vois houspiller les gamins, et compatit avec chaque petit élève tombé, abandonné sur la piste tel un  rebus d'humanité hideux, parfois équipé d'un seul de ses skis, les joues gelées de larmes et le coeur en berne, attendant sans trop y croire qu'une âme charitable (= moi) daigne lui remonter son second ski, duquel il s'empare à regret, tentant une remise debout dans un équilibre précaire, cherchant du regard le reste de ses compagnons d'infortune.... Ok,ok, c'est un peu mélo, mais je suis quand même à chaque fois épatée du silence des parents de tous ces pauvres apprentis- skieurs malmenés par les moniteurs, lors de ces  cours que l'on paye pourtant une fortune ! Alors d'accord, il faut qu'ils s'endurcissent, d'accord, j'en fais trop, d'accord "laissons à nos enfants le droit de souffrir", mais  je mets ma main au feu que si je traitais mes élèves de cette façon-là - pour leur bien, évidemment ! - j'aurais une batterie de parents sur le dos ! Si on élève la voix en  classe parce qu'un enfant n'apprend pas ses tables de multiplication, on va le bloquer, le stresser, le mettre en phobie scolaire, ouh ! à bas la méchante maîtresse, vite vite,  plainte et main courante.... par contre, si on braille sur des minots qui tiennent à peine sur des skis, si on les secoue comme des pruniers, si on les perd sur le pistes (j'exagère ?  à peine ! c'est ce qui est arrivé au moniteur de Coline qui a "égaré" son troupeau... et qui a donc bien sûr passé un sacré savon aux enfants ! ), et bien là c'est de l'innovation pédagogique,  c'est l'expérience qui parle, ça leur forge le caractère et patati et patata, conneries assumées pour éviter d'avoir à se remettre en cause...
Je le pense, je le dis et je l'assume, d'autant que le moniteur de Coline l'an dernier était formidable ! Tout comme, cette année, celui de Marion, qui partait  aux cours avec le sourire et  en ressortait de même, grâce à la gentillesse et au savoir-faire de ce moniteur et de toute l'équipe des Oursons, qui étaient patients, enjoués, positifs et encourageants... Résultats :  un Ourson obtenu haut la main pour Marion, et plein de beaux souvenirs en tête; une Première Etoile obtenue de justesse pour Coline, et la garantie de ne plus jamais lui  faire subir de cours collectifs !
A part ça,  que la montagne est belle... le soleil est le plus souvent de la partie, le froid aussi, jusqu'à -23 en altitude... nous montons au glacier avec les gars et skions  au-dessus des nuages, nous  trennons le snow-parc,  mais le froid est un ennemi coriace... le retour à la station permet aux enfants de profiter des alentours du chalet pour  jouer et faire de la luge sous une température beaucoup  plus clémente... Nos amis Olivier et Virginie nous invitent chez eux pour assister du balcon au feu d'artifice et à la  descente aux flambeaux traditionnelle... c'est magnifique, surtout quand on est au chaud et au calme ! Nous passons ensemble une autre soirée mémorable entre crêpes et raclette, de quoi refaire nos forces de skieurs fatigués !
La semaine passe vite, la fatigue se fait sentir, les courbatures s'installent... nous clôturons l'aventure autour  d'une crêpe familiale, et là, à ce moment, on se dit que les vacances sont finies et qu'elles ont été belles !

Etape de retour
Timing impeccable pour notre départ, rangement, ménage, chargement de la voiture, tout le monde met la main à la pâte et, à l'heure prévue, caution en poche, nous reprenons la route.. Jusqu'à Grenoble, la circulation est fluide et nous avons le coeur léger, nous décidons donc sur un coup de tête de faire une pause  chez grand-mamie, dans les Monts du Lyonnais, où  se trouvent justement papi et mamie. Les enfants en profitent pour se dégourdir les jambes en courant dans les champs et  en jouant avec Apple qui fait l'unanimité...
Après ça, le retour chez nous n'est qu'une formalité... qui prendra 6 bonnes heures mais bon, on n'a rien sans rien !!!

Fin du Carême !
Enfin, après cette longue absence, les cloches de Pâques sont arrivées et ont apporté leur lot de  douceur et de joies !
Chez nous, malgré le froid,  petites et  grands ne se lassent pas de chasser les chocolats  dans le jardin encore abandonné, mais qui ne demande qu'à retrouver les jeux et les cris  des enfants... encore un peu de patience, le printemps finira bien par revenir !!